Paschimottanasana 

Paschimottanasana

Faire l'huître, se payer un Space trip

 et trouver la perle du divin


.« Perçois-toi comme un vaste ciel infini dans toutes les directions. Abandonne tout support et laisse la conscience révéler sa véritable nature » Vijnana Bhairava 

( recueilli par Christian Pisano dans la Contemplation du Héros )


Paschimottanasana

( étirement de l'ouest, la pince )

C'est la posture Anti-Instagram par excellence. Posture anonyme parce que le visage est caché, enfoui. Le corps fermé sur lui-même ne laisse entrevoir aucune de ses formes avantageuses ou pas. Posture exigeante qui demande un abandon de soi dans une grande humilité de pratique.

On la nomme également:
Ugrasana: la terrible ou encore Brahmancharyasana : vivre en brahman. Ce qui sous tend une certaine abnégation de la part du pratiquant. ( sources Christian Pisano )

Fiche Technique , cliquez sur le dessin..

Mahasana

Pashimottansana fait partie des « Mahasana » c'est à dire la dizaine de postures dites « fondamentales » ( ou classiques ) du yoga. Déjà décrite dans le « hatha yoga pradipika « manuel pratique destiné aux Nathyogis écrit par Svātmārāma, un disciple du Siddha Gorakshanath......... entre le 11ieme et le 15 iem siècle... le Hatha Yoga Pradipika est le premier texte à décrire des postures qui ne soient pas uniquement dédiées à la méditation.


Signification
Nous l'appelons l'étirement du dos, mais en français elle est aussi connue sous le nom de pince ou de flexion en avant. En sanskrit, «Paschima » signifie ouest, point cardinal qui symbolise aussi l'arrière, et « Uttana » correspond à un étirement intense. « Pascimottânâsana, que nous appelons souvent bien improprement « la Pince », est un mot complexe, composé de quatre termes sanskrits pascima, ut, tan, âsana. Tan- signifie « étirer », « allonger », « étendre »: Ut, en préfixe, indique un mouvement vers le haut, comme dans utkatasana».

Avec ces deux mots apparaît déjà l'idée, bien différente de l'image de la « pince », d'un étirement vers le haut. En effet, « pincer » consiste d'abord à fermer un angle dont les deux côtés, c'est-à-dire la ligne des jambes et celle du tronc, viendraient, dans la posture aboutie, s'appliquer l'un sur l'autre. Le nom même de l'âsana implique tout autre chose: une impulsion à allonger le haut du corps, vers l'avant, bien entendu, mais aussi et surtout vers le haut.


Technique:

« Les jambes tendues devant vous, raides comme des baguettes, penchez-vous vers l'avant, saisissez vos orteils des deux mains et placez votre front sur les genoux. Voilà Paschimottanasana. »
Hatha Yoga Pradipika 1.28

Idéalement, l'ensemble du mouvement nait des hanches: Le bassin pivote vers l'antéversion, orientant la colonne lombaire vers l'avant. Il y a ainsi beaucoup de mouvement dans la hanche et peu de flexion dans la colonne, qui va s'allonger en se déposant sur les cuisses plus que se fléchir elle-même. ( Blandine Calais Germain ;Anatomie pour le Yoga ):

Paschimottansana est le résultat du buste qui se rapproche des jambes par deux actions:

Phase Concave: Celle des hanches et celle de la colonne vertébrale. le bassin doit se placer en «antéversion». ( On peut dire qu'il bascule vers l'avant ). l'arrière des cuisses, des mollets et des fessiers s'étirent très fort. Le dos doit rester neutre dans cette phase dite concave ( respect de la courbure lombaire, les courbure du bas du dos )..

Phase Convexe: Une fois que l'antéversion du bassin ainsi que l'étirement des jambes sont plus faciles, alors peut advenir la phase convexe. C'est à dire abandon du dos et de la tête vers les jambes. C'est là qu'advient une pratique organique de la posture, dans cet abandon total de l'esprit dans la posture, alors advient le yoga.


L'erreur majeure dans la prise de cette est qu'au lieu de respecter la première phase dite concave de la posture, le pratiquant va tenter de poser le front sur ses jambes et prendre la posture à partir du dos et celui-ci va s'arrondir exagérément, dès lors la posture en devient inconfortable et génère des effets inutiles voir nuisibles.

Pour le débutant qui a une grande raideur à l'arrière des jambes et un manque d'ouverture dans ses hanches, c'est un travail de patience. Il lui faut commencer par mettre une épaisseur en dessous des fessiers et utiliser une sangle autour de la plante des pieds tenue et tirant par les mains afin d'apprendre au pratiquant de se redresser, s'allonger vers l'avant et non s'affaisser avec un dos rond.

Il lui faut faire l'action non pas de vouloir poser la tête sur les jambes mais celle d'allonger au maximum l'avant du buste et de chercher à poser le ventre sur les cuisses en allongeant celui-ci vers l'avant. C'est une pratique qui demande du temps et de l'humilité. Des postures tel que Uttansana passif, halasana ou encore malasana peuvent nous apprendre à bien étirer le grand dorsal ( le muscle principal de l'arrière du dos )...


Hatha yoga pradipika...


« Paschimottanasana est la meilleure des postures ; Ses effets sont que la force vitale circule à travers les canaux très complexes appelés" nadis «, le feu digestif augmente, le ventre devient plat et le corps se libère de toute maladie. » Hatha Yoga Pradipika 1.29


Bienfaits de la posture

Selon le hatha yoga pradipika, Paschimottanasana fait circuler la force vitale, le Prana, dans Sushumna Nadi, le canal énergétique le plus important pour un yogi, qui se situe dans la colonne vertébrale. Selon les écritures, c'est dans Sushumna Nadi que la déesse Kundalini, grâce à la pratique du Hatha Yoga, monte depuis le périnée, jusqu'au sommet de la tête, pour révéler au yogi la nature véritable de son être. Les postures comme Paschimottanasana sont importantes à différents niveaux. Non seulement elles ont un effet bénéfique global sur la santé, mais elles préparent le corps aux longues sessions de Pranayama et de méditation.

La déesse Kundalini...

Comme Paschimottanasana soulage et renforce le dos, on comprend pourquoi elle a été l'une des premières postures à apparaître dans les textes traditionnels. Chez l'homme, la colonne vertébrale est perpendiculaire au sol, tandis que chez l'animal, elle est parallèle au sol avec le cœur en dessous. En raison de notre position verticale, le cœur est plus sujet aux tensions et aux maladies. Dans la posture complète Pashchimottanasana, la colonne vertébrale est horizontale et parallèle au sol, de sorte que le cœur repose.


On sait que lorsqu'un muscle est étiré assez longtemps, sa tension diminue. Cette détente améliore la circulation sanguine dans le muscle et favorise sa vitalité.

Comme son nom l'évoque, Paschimottanasana étire tous les muscles de l'arrière du corps, de la nuque jusqu'aux talons. Par ce biais, cette posture revitalise non seulement les muscles mais les nerfs, très nombreux dans la colonne vertébrale. Elle permet aussi d'assouplir et de décontracter le grand fascia postérieur, point d'attache de plusieurs muscles dorsaux, qui s'étend du crâne au bassin.

Au quotidien, des tensions s'accumulent aussi dans le bassin, dues à de mauvaises façons de se tenir, ainsi qu'à la présence dans cette zone de nombreux nerfs, dans leur trajet entre les vertèbres inférieures et les pieds. Paschimottanasana permet de soulager ces tensions, via l'antéversion du haut du bassin, le placement des ischions parallèles au sol, et un assouplissement des hanches.

Les sages avaient également découvert l'effet bénéfique de cette posture sur la digestion. La flexion en avant contracte l'abdomen et masse tous les organes internes au rythme de la respiration. Le foie, les reins, les glandes surrénales et les intestins s'en trouvent stimulés.



Effets énergétiques de la posture
De nos jours, les postures de yoga sont souvent effectuées beaucoup trop rapidement, en contradiction avec les recommandations des maîtres traditionnels. L'effet psychique des asanas ne peut être obtenu qu'en restant immobile dans une posture au moins plusieurs minutes.

On remarque en pratiquant correctement et souvent Paschimottanasana, que celle-ci provoque une sensation intense de forte chaleur dans le bas du corps et d'intensité énergétique. Dans le Hatha Yoga, les asanas sont des outils pour stimuler les flux énergétiques. Toutes les postures classiques ont leur point de focalisation spécifique ( leur centre, d'où émerge une grande sensation de détente ). Une fois que la posture est devenue confortable et qu'il est possible de la tenir longtemps, ses effets sur le Prana deviennent tangibles. Le point de focalisation de l'étirement du dos se situe au niveau du coccyx, à la base de la colonne vertébrale.

Tandis que le tronc va de l'avant, le courant principal de l'énergie vitale, lui, « monte », « s'élève », le long de son axe vertical, la nâdi sushumnâ. le mouvement tend donc vers l'avant. Lorsque les yogi s'expriment, dans leurs traités, à partir de l'expérience qu'ils font du corps subtil, ils parlent d'un flux qui les porte « vers le haut », vers un sommet, à partir du centre du bassin. ( Tara Michaël )


Orientation du corps: Est-Ouest
Effort d'équilibre entre les polarités que représentent les points cardinaux, pascimottânâsana oriente le corps humain dans un monde structuré par deux axes principaux, dont l'équilibre est source d'harmonie : est-ouest et nord-sud.

Pascimottânâsana signifie « la posture dans laquelle on étire vers le haut le côté ouest du corps, c'est-à-dire le dos ». L'expression est ésotérique pour l'Occidental moderne. La complexité de cette traduction vient de ce qu'elle repose sur le symbolisme de l'orientation du corps par rapport aux points cardinaux. Celle-ci était vécue très simplement par l'homme traditionnel indien dans tous les actes quotidiens, et plus particulièrement dans les rites. C'est en comprenant un peu mieux cette conception ancienne qu'un tel nom de posture nous paraîtra, non seulement plus accessible, mais surtout cohérent avec toute une vision du monde. L'homme védique prend pour point de repère la position du soleil, semblable en cela à bien d'autres habitants de la planète, avant que ne se développent les artifices de la société urbaine. Il se tourne naturellement vers le grand astre, dont il attend chaleur et énergie. Le visage, la poitrine, et d'une manière générale, la face antérieure de l'individu, sont donc exposés à l'Est afin de recevoir la lumière montante. Cette orientation a donné lieu à des comportements religieux, à des gestes particuliers qui sont devenus ensuite des supports d'éveil. C'est le cas des nombreuses « Salutations au Soleil ».l 'homme, lui, accomplit consciemment des gestes qui ont un sens. Il s'impose une verticalité parfaite pour ce face-à-face avec la source universelle de lumière ; il manifeste des sentiments de vénération, d'humilité ou de joie ; il les accompagne d'une prière, muette ou articulée. Très souvent, l'idée de régénération sous-tend ces pratiques qui, alors, détachées de leur rapport direct avec la première heure du jour, peuvent servir, en n'importe quelle occasion, à se ressourcer et à se dynamiser.

La face étant ainsi liée à l'Est, le dos se tourne naturellement vers l'Ouest. Mais la face symbolise aussi ce que l'on connaît, parce qu'on peut le voir, l'affronter, le rencontrer. Rien n'est plus vrai que la maxime populaire « on n'a pas d'yeux derrière la tète »: je ne peux regarder mon dos, je ne peux que l'imaginer, au mieux le « sentir » grâce à une conscience du corps bien affinée. Je suis aussi inquiet de ce qui peut survenir dans mon dos, de l'inconnu qui surgit sans avoir été prévu. Le dos constitue encore le lieu du refus (« montrer son dos » à quelqu'un), et enfin le lieu du refoulé, de ce que l'on ne veut pas voir. On a donc beaucoup de raisons de penser que, si la face dorsale cristallise tellement de tensions, de douleurs, de contractures, il ne faille pas incriminer uniquement le défi à la gravité et à l'équilibre que constitue la posture debout.

( Revue Française de Yoga, n°10, « Flexions et enroulements », 1994, pp. 31-36.)

Une si petite perle...


Faire la posture de Paschimottansana, c'est se fermer sur soi-même. On fait l'huître. Forme fermée sur elle-même, complètement, totalement. En se fermant sur lui-même, ce coquillage à l'apparence brute et rocailleuse, produit une perle. Sphère parfaite, brillante naturellement nacrée. Mystère métaphysique qui d'une matière vivante se transforme en une matière si pure qu'elle est le paroxysme de ce qu'est la matière. Comment animal si laid, peut produire une telle perfection. La perle, de par sa perfection est symbole de la transcendance dans beaucoup de traditions spirituelles. A y regarder de près, c'est comme une petite planète miniature qui nous renvoie immédiatement de son microcosme vers le macrocosme. Cette petite sphère nacrée qui lie l'infini petit à l'infini grand.


l'huître qui emploie la totalité de son être à produire une perle à l'intérieur de son corps est une métaphore puissante. En regardant une perle, nous sommes invités à la transformation qui nous donnera accès au trésor intérieur. La perle dans sa perfection symbolise cette intériorité infiniment belle, intouchable. Coeur de l'être que nous sommes que certains appellent l'âme.


Le yoga est une lumière, qui une fois allumée ne s'éteint jamais. Le mieux vous pratiquez, la plus lumineuse la lumière. » B.K.S Iyengar

Faire l'huître...

Je continue à devoir lutter pour arriver à faire paschimottanasana. J'ai malgré mes années de pratique, encore pas mal de raideurs qui m'empêchent de me donner complètement dans cette posture. C'est vrai, elle demande de l'humilité, elle n'a rien de spectaculaire. Je sais intuitivement qu'elle donne une grande sensation d'apaisement. C'est d'ailleurs pour cela qu'on la pratique suite à des séances dynamisantes qui génèrent des énergies peu contrôlables. Paschimottanasana nous permet de « canaliser » cette énergie afin d'empêcher celle-ci de se disperser et de se fragmenter inutilement. La production de la perle par l'huître est ici une formidable métaphore de l'action de pashimottansana qui nous rend prêt à l'intériorité.

Je ressens la forme de paschimottansana comme un geste de prière absolu. D'une part, elle exige pour être opérante, un abandon total du pratiquant. D'autre part, elle ressemble à la fermeture des mains l'une contre l'autre faisant le mudra namaskar, geste de dévotion universel.



Elle nous tourne vers une intériorité radicale et totale. C'est l'effet de pratyahara, les organes des sens se tournent vers eux-mêmes. Le sens du toucher nous fait sentir notre propre peau. Le regard est tourné vers l'intérieur des yeux. Le goût du palais est amplifié. On entend les moindres bruissements de son oreille interne. On inhale la moindre sensation d'air dans les narines.

Les organes d'action: muscles, bras, jambes, doivent passer le cap de l'effort et du placement pour parvenir à se relâcher. C'est ici que tout se joue. Il s'agit d'arrêter de lutter, il s'agit de se donner entièrement à la posture. A dépasser un certain seuil de souffrance physique et dès lors à s'abandonner complètement , totalement. J'y suis arrivé que rarement et la pratique peur se révéler frustrante et inutile. J'ai effleuré l'absolu..

Ce genre d'expérience est toujours fortuit, elle vient à nous, par surprise... Inutile de chercher à les revivre, à les provoquer. La pratique des asanas est une préparation, en préparant le corps aux sensations, aux perceptions , elle nous aide à ouvrir une porte. Cette expérience d'état de yoga est naturelle, profondément ancrée en nous, la pratique des asanas désencombre , nettoie les filtres de notre histoire individuelle.


C'est comme le fond d'un lac brouillé par la vase et qu'on calme afin l'eau devienne transparente laissant ainsi voir le fond du lac ( BKS Iyengar )...

Je suis arrivé à m'abandonner complètement, totalement une seule petite fois, dans paschimottanasana, J'y ai vécu l'expérience d'un espace intérieur infini, immense, sans limite. Les sensations de mon corps physiques avaient disparues. Mon corps était comme totalement transparent comme si toutes mes cellules s'étaient dispersées dans toutes les directions. Je n'étais pas dans l'espace, j'étais intérieurement cet espace illimité, infini. Je n'étais pas dans l'imagination mais dans une expérience vivante, intense, infiniment douce. Noir total, mais en même temps lumineux, un vide de pensées et de sensations, mais cette présence intense.

J'ai pris peur, je larguais les amarres pour quelques secondes ? Peut être plus, peut être une fraction de seconde. Vertige infini, d'un grand calme... C'est curieux, au moment même il est comme impossible d'être « conscient » de cet état. C'est seulement après, La mémoire a enregistrée, traitée codifiée quelque chose que les mots ne peuvent que décrire.


प्रत्यक्षानुमानागमाः प्रमाणानि॥७॥ 


pratyakṣa-anumāna-āgamāḥ pramāṇāni ॥7॥

La perception directe, l'inférence et témoignage constituent les preuves du savoir juste. yoga sûtra I,7


pratyakṣa : perception directe. anumāna : inférence,logique.  āgamāḥ : texte, écriture sacré, pramāṇāni : preuves

J'ai appris par la suite, au travers des conversations amicales, que cette expérience est parfaitement décrite dans les textes traditionnels du yoga. Il en existe plusieurs modalités, « plusieurs » niveaux, plusieurs formes.. Tous ces « états » sont parfaitement codifiés dans et ont étés vécues depuis belle lurette par les sages anciens. Cet état de yoga est ce à quoi nous ouvre la pratique. A l'image de cette perle, qui d'une intériorité absolue nous ouvre la voie à l'infini. Samadhi, espace noir infini , lumière pure et aveuglante, rencontre avec la transcendance, le divin ? Certains l'appellent Dieu.


C'est au travers votre corps que vous réalisez que vous êtes une étincelle de divinité. BKS Iyengar