Mika de Brito

Fluidité, joie, virtuosité

Mika de Brito
« Superstar » du yoga...Cher Mika, une rencontre, devrait toujours bousculer nos petits ancrages mentaux. En guise de préambule, je me dois d'étaler quelques constructions mentales à ton égard, véritables frontières à sauter par dessus bord. Vincent, bibi, le mec introverti du Nord, au sens physique et pataphysique du terme, a intégré ce silence de l'infini bleu et blanc de l'hiver du Canada de mon enfance. Devant cette immensité, on a le choix que de se taire pour se réfugier dans son petit soi . 

Ma première image de Mika de Brito est à l'inverse de ce que je pense être.. Le Mika, que j'ai connu par les photos en papiers glacé des magazines, c est ce séducteur parfait de ces dames qui pratiquent le yooga. L'image Mika c'est la résolution de la quadrature du cercle. Parfait yogi au visage lisse de gentil méchant garçon. Star du yoga, corps athlétique, barre de chocolat abdominale, torse légèrement poilu, regard pétillant , et tout ça dans la mesure du « pas trop, pas trop peu ». Bref, la classe « french touch ». Et pour en-foncer le clou, des articles de magazines ( Elle, Marie-Claire, Cosmopolitain, etc...la mode yoga ) supra ultra élogieux, avec des « journalistes-influenceuses » qui se pâment ouvertement devant ce yogi nomade des temps modernes. Fuck man, Moi l'introverti au visage anguleux, tout le contraire du Mika star, je ne pouvais pas faire autrement que de te détester-admirer espèce de fantasme always happy et coach yoga des célébrités de ce monde.Voilà donc le décor arrière scène de notre première rencontre. Je débutais ce projet « La Minute du Yogi » et cherchais à faire des portraits de yogi sous forme de « capsules » ( format court ) à la télé nationale belche une fois. 

L'occasion faisant le larron, Il y avait ce festival de yoga à Bruxelles, le « yoga Spirit festival » premier du genre dans notre Kapitale. L'organisatrice m'a convaincue qu'il fallait que je fasse ton portrait. C'était au mois de mars et les dieux nous avaient concoctés un printemps particulièrement réussi: ciel parfait, limpide, promesse de renouveau suite à l'hiver belge au ciel si bas comme qui dirait.
Déformation professionnelle, je voulais me coller à tes basques avec ma super caméra ultra HD. Filmer l'arrivée en coulisse de la superstar yogi du jour et voir ce qui allait ou non se passer. Et toi, caprice obligatoire de star, tu étais en retard, vachement en retard. Imagine ces centaines de petits coeurs de yoginies en legging fluos,qui attendaient avec patience le messie du jour, le révélateur de super yoga. Pétard, boum, tatatra, deux heures plus tard au compteur l'organisatrice au comble du stress, pète un plomb et nous empêche de filmer ton arrivée. Je pense qu'elle avait juste envie de te passer un savon avec raison...Avec cette drôle d'entrée en matière j'ai été de suite séduit. Conscient de ce yoga spectacle, tu es monté sur scène, avec ce sourire de gamin espiègle et joyeux. Sans prendre le temps de te changer, dans tes jeans faussement dégeu et en marcel chiffonné tu t'es lancé dans une intro pranayama hautement efficace calmant ainsi la fureur de l'organisatrice et gagnant de suite ton public.

Tu m'as soufflé. Je m'attendais à du chiqué, du surfait. Tu as donné, partagé cette joie sincère qui t'anime, sorte d'innocence pure retrouvée. Tout en restant lui-même, concentré et joyeux à la fois, le garnement du yoga a assuré cette séance de yoga géante en balançant une bande son rock and roll complètement délurée. Moi qui sortais de ma certification austère de yoga Iyengar, j'hallucinais grave. Je ne pensais pas que le yoga pouvait être virevoltant, flamboyant, léger tout en restant sérieux. Je fais ici une petite pause-intermède pour te remercier de cette séance qui depuis, m'a apporté de la joie dans ma pratique et mon enseignement. Pour te dire, même l'ingénieur son, triste sire au quotidien, avait la banane pendant le tournage. 

Le lendemain, entre deux séances, je t'ai interviewé... Moi le cameraman, le mec de l'ombre je m'improvisais journaliste, producteur, réalisateur à la poursuite de mes chimères. « La minute du yogi », sorte de projet de yoga à la télévision... C'est là que j'ai appris que la télé est un univers conservateur propre à jeter aux orties toute idée qui sort des soi-disant poncifs du téléspectateur moyen. Ne rien bousculer en faisant croire de posséder une expertise sur le monde. Le yoga est et restera cette pilule gymnastique des bien pensants du Bien être, basta punkt. Et même si ton projet plait, tu sors de ça et t'es classé extraterrestre sans suite. En visionnant ton interview, le grand chef n'a pas pu s'empêcher d'un ..et beh celui-là, c'est un allumé, il a fumé la moquette, hahaha....en guise de commentaire. Quoi dire.


Interview.. Au bord du canal de Bruxelles, sous un ciel ensoleillé et légèrement voilé de printemps, peu de vent, doux premiers soupçons de chaleurs qui faisait la perfection de cette journée. Clapotis et jeux de lumière harmonieux de l'eau calme. En arrière plan, se trouvait une péniche dénommé « Molenbeek », symbole puissant qui faisait résonance à la boucle de ta ceinture de cuir portant l'effigie de la tête de mort des pirates. C'est la première question que je t'ai posé. « Mika, on dit de toi que tu es le pirate du yoga »... Comme par écho, sur l'autre rive du canal, est peint une immense fresque des aventures de Corto Maltesse qui a servi d'arrière plan pour la caméra qui assurait les plans de coupe. Hasard es-tu là parfois.. Tu choisis une posture de méditation comme posture qui te définit. Posture simple qui te ramène aux souvenirs d'une méditation aux sommets de l'Himalaya avec ton guru. Tu nous en parles avec brio et nous ramène à ce que devrait être le yoga, une préparation à la méditation qui ne s'apprend pas mais s'offre à celui et celle qui s'y ouvre avec patience et discipline.

Pour ton interview, nous sommes entourés de l'élément eau, flottant dans un moment de grâce, suspendu sur ce ponton au dessus du canal. L'élément eau qui te définit si bien. Tu es fluidité, acceptation totale des aléas, sans cesse à explorer de nouvelles sensations, de nouveaux voyages. Toujours en mouvement, joyeux, curieux et reconnaissant envers la vie. Comme l'eau tu reste insaisissable, tu es vif comme ta pratique qui est légère et pourtant profonde. Tu es un virtuose des asanas et de la langue française. Merci de m'avoir ouvert autant de fenêtres sur des ailleurs. Ton amitié est précieuse. Où es tu, au Baikal, glissant sur la glace transparente du lac, en Norvège admirant une aurore boréale, au Sri Lanka à faire de la méditation sur le dos d'un éléphant ou à Paris dans un studio bobo te demandant ce que tu fais là... Tu sera toujours d'une longueur d'avance aux modes...