en-Be yourself...be free, man.

12/10/2018


Bellini, Adelson E Salvini, Act I: Dopo l'Oscuro Nembo, soprano Joyce di Donato. Merci Signore Bellini, d'avoir accompagné mes pas, en ce petit matin frais d'automne. Je ne peux que vous rendre hommage de ce temps hors du temps, de cette grâce né d'un drame sur-humain, comme se doit toute bonne histoire d'opéra italien. Mon petit moi, en forme de petit sur-moi, se calme, ose croire pendant le temps de cette suspension, à la renaissance de la beauté du monde. Fraicheur calme et oxygène du matin d'automne au ciel transparent à l'image de ce devrait enfin être son espace intérieur. Merci.

Merci donc signora Joyce, de ce moment de répit cristal, car mon ennemi-ami Samskara me revient en pleine tronche. La baffe du matin qui a comme effet de meurtrir un peu plus mon âme qui d'ailleurs n'en a pas besoin. Tadasana, debout, l'asthme, comme posture au monde, je n'ai pas fait ma pratique respiratoire du matin, sorte de rituel pranayama sans quoi je suis noir d'âme, lourd de coeur et petit de poumons.

« Be yourself, be free « he man leave your book and go to your mat to practice.
Voilà ce qui m'a été répondu, alors que je me faisais un orgasme intello en forme de citation d'un « yoga sûtra »... J'ai été cloué, muet, pantois, abasourdi et il ne restait que le silence à rétorquer ou plutôt à ne pas rétorquer. Défaut d'EGO, sûrement.
Pensée profonde et soudaine comme un éclair, révélation, éveil. Voilà quatre mille ans de l'histoire de la pensée humaine résumé en quelques mots: « Be yourself, be free ». A la poubelle, les yoga sûtra car ce slogan publicitaire façon Nike corporation suffit au désespoir métaphysique éternel de l'humanité. « Be yourself », mais de quel « yourself » s'agit il? De ce personnage que je traine depuis toujours, victime de son histoire, de ces conditionnements, de sa petite histoire minable d'humain atrophié par ce gigantesque ego toujours insatisfait? De cette carcasse qui de toute façon va un jour pourrir et nourrir les pissenlits et les vers de terre.... « Be free », de quoi? Comment pourrais-je être « free » façon Nike, en étant « myself » alors que je voudrais tant être Soi. Free yourself, continuer cette course silencieuse, inutile, vaine à tenter d'être « free, en cette folle tentative de nourrir sans discontinuer cet ego en permanence insatisfait. Va faire du yoga, et calme toi, yoga pilule, yoga anti dépresseur comme en écho au vide des ces affiches électorales.

Noir de pensée, je ne peux m'empêcher de penser au lien intime entre l'émergence d'une société qui s'enfonce dans l'ultralibéralisme et cette mode expansion du yoga. Solution du retournement vers soi, sorte de pratyahara politique parce que le monde tourne à l'intolérance et à l'acceptation de celle-ci. « Be yourself », ou affiches électorales, mêmes slogans vides qui font croire à la diversité, à la démocratie alors que le choix ne porte que sur la couleur de qui vous allez être , et pour qui vous aller voter. Nous sommes tous devenus des slogans publicitaires colorés certes, mais au fond tous les mêmes. Nous avons intégré au plus plus profond de notre être cette injonction ultra libéral « Be yourself », et « be free ». Ne donne pas autre chose que ces slogans à la face des « élèves » de ton petit cours de yoga au risque de voir se fondre ton public et ta recette financière. Fast yoga, yoga minute, yoga pilule, « be free » et continue de soulager pendant cinquante minutes tous ces individus à la recherche du « be yourself » pris dans la tourmente d'un monde qui n'est plus que l'image de celui-ci.

Image de cette « prof de yoga » enchainant dans un « perfect english », les postures l'une après l'autre toutes les postures en se regardant dans l'immense miroir de ce studio de yoga dont le nom n'a aucune importance. Elle peut ainsi ainsi admirer ses propres postures et voir comment se torture la foule à l'étroit de son cours, pour tenter vainement de l'imiter. Fin de la séance, je sors en tentant d'être le plus , discret possible... Et paf, s'affiche devant moi, le sourire Pepsodant de la dame. Merde et re-merde, pas de polémique aujourd'hui, je réponds par mon sourire le plus stupide par peur que tout se remarque. Purée, je n'ai jamais sû mentir et c'est un des drames de mon existence, ma tronche parle pour moi et pas besoin de décodeur. Sur le trottoir , gît un gars qui dort enveloppé dans une vieille couverture humide. Une fille du cour sort en se précipitant sur la messagerie Facebook de son Smartphone sans jeter un seul regard à ce corps endormi, allongé sur le sol froid. Bon allez.... Je vais retourner sur mon tapis, et me faire à l'idée de parler façon Jean Claude Van Damme pour mon prochain cours, chiche? I'll be myself... Merci encore cher signore Bellini, sans quoi.....